Valérie Pécresse, fraîchement désignée par la primaire des Républicains, commence sa campagne présidentielle. En bonne chiraquienne, elle a décidé de s’inspirer de ceux qui sont authentiquement de droite en imitant Éric Zemmour. Elle a pris l’avion, direction l’Arménie.

J’irai où tu iras

A l’instar de Marine Le Pen qui avait couru en Hongrie après le passage d’Éric Zemmour, madame Pécresse rejoint l’Arménie quelques semaines après lui. Elle y est en déplacement pendant trois jours au prétexte de soutenir les chrétiens d’Orient. 

L’Arménie a été défaite dans le Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan, soutenu par les Turcs. Ce conflit, qui n’avait jusqu’ici pas semblé particulièrement émouvoir la candidate des Républicains, est devenu un symbole pour les partisans de la droite conservatrice. Valérie Pécresse a donc pris le parti de se ranger dans les pas du candidat de la droite, Éric Zemmour, afin de de lancer sa campagne.

Des idées d’Europe qui auraient dû l’arrêter à Istanbul

Madame Pécresse n’est pas venue seule en Arménie. Dans ses bagages se trouve le très inspirant Michel Barnier. Comme madame Pécresse, il est un chiraquien. Il a passé sa vie à défendre l’Europe jusqu’à la primaire des Républicains ou l’électoralisme l’avait poussé à la conspuer. 

Parmi ses faits d’armes, en 2004, alors ministre des affaires étrangères, Michel Barnier avait soutenu l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Venir après ces prises de position défendre l’Arménie est au pire insultant pour les Arméniens – victimes du génocide commis par les Turcs pendant la Première Guerre mondiale – au mieux ridicule, ce qui caractérise parfaitement M. Barnier.

Défendre la civilisation européenne et en même temps la Turquie demande une souplesse toute macronienne. Il fallait bien s’appeler Valérie Pécresse ou Michel Barnier pour réussir un tel exploit. La réalité est que cette frange de la droite a abandonné notre civilisation depuis longtemps. 

Bruno Retailleau, qui a préparé le déplacement, entretient le double discours « Ce qui se passe là-bas nous concerne parce que nous avons une histoire commune, des liens multiséculaires, nous partageons un combat culturel, de civilisation ». On ne peut pas jouer aux défenseurs d’une civilisation quand on la combat depuis ses débuts en politique. Lorsqu’on a soutenu la Turquie, laissé faire l’immigration et méprisé la droite conservatrice, se targuer de défendre la France et civilisation européenne est une pure hypocrisie.

Courageuse mais pas téméraire

Pendant cette visite, Valérie Pécresse a déclaré qu’elle “ne veut débattre qu’avec des candidats ayant leurs parrainages”. Elle ne “souhaite pas servir de marchepied à des candidats en recherche d’un souffle”, une sortie aussi démocratique que humble. 

En effet, donner du souffle à un opposant c’est être moins bon que lui. Refuser de débattre avec lui, c’est admettre son infériorité. En cela, Valérie Pécresse fait ici le premier juste constat de sa campagne et préfère éviter des noms comme Éric Zemmour. Au contraire, celui-ci n’a pas peur depuis plusieurs semaines d’enchainer les émissions et débats comme sur C8 avec “Face à baba” avec des intervenants ouvertement hostiles. 

Pourtant, quand on souhaite être président de tous les Français, il faut débattre avec tout le monde et prouver ses capacités. Valérie Pécresse débattra sûrement avec des candidats à sa mesure ayant déjà leur 500 parrainages comme Anne Hidalgo ou Fabien Roussel.

Que d’échanges enrichissants en perspective !

Christopher Malivert
Rédacteur

Image : Valérie Pécresse au “20 heures” de TF1, jeudi 22 juillet. © Crédit photo : AFP