Depuis quelques jours un très important mouvement de grève a commencé en Guadeloupe et semble se propager dans les Antilles. Le gouvernement s’est empressé de dénoncer ce qu’il considère être l’origine de ces troubles : des fakenews et des mensonges vis-à-vis de la situation sanitaire. Cependant la crise du Covid n’a été en réalité que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Depuis le 15 novembre, un mouvement de grève général a débuté en Guadeloupe. Très vite, la situation s’est détériorée. L’île est désormais bloquée par des barrages routiers et les denrées peuvent parfois manquer. 

Les tensions ne datent pas d’hier : à la fin  de l’été, la situation créée par la crise sanitaire avait également nourri une hostilité des Guadeloupéens à l’égard du gouvernement. 

Aujourd’hui, la situation sanitaire est plus calme qu’en métropole, ce qui permet le retour de la crise sociale qui couve depuis des décennies en outre-mer. C’est une crise de fond et populaire qui commence déjà à embraser la Guadeloupe et la Martinique et qui pourrait bientôt toucher la Guyane.

Les véritables raisons

Le gouvernement s’est empressé d’expliquer que la situation était due au covid, comme il le fait sur tous les sujets depuis des mois. Pourtant, la révolte en Outre-mer n’est que le produit d’un contexte social déjà très dégradé, et qui a encore été aggravé par les récentes hausses des prix. 

Le gouvernement français n’a jamais répondu à des affaires qui minent la société guadeloupéenne. Aujourd’hui environ un tiers de la population n’a même pas accès à l’eau potable, la question du chlordécone jamais traitée, le taux de chômage est autour de 20%, le manque de débouchés pour la jeunesse etc… C’est une île qui se vide de ses jeunes, faute d’emplois : 37% de la population native a quitté la région.

La défiance à l’encontre du gouvernement et de ses représentants est donc forte. Les réponses apportées sont souvent très loin d’être suffisantes. Il en a découlé une cassure profonde couplée à une désespérance qui met dans la rue la majorité des habitants, quel que soit leur âge et leur milieu social.

Des réponses à côté de la plaque

Le gouvernement se contente de faire ce qu’il fait depuis des décennies concernant l’Outre-mer : être à côté de la plaque. Nos dirigeants calquent leur prisme de la vision “tout covid” à une île qui a d’autres préoccupations. Ils ne savent qu’afficher leur mépris et ils apparaissent comme un gouvernement métropolitain de sachants qui va expliquer à des pauvres habitants d’un département lointain comment se comporter chez eux. 

A cela s’ajoute l’inefficacité et le caractère contre-productif des mesures prises par le gouvernement. Envoyer de nombreux renforts de police en quelques heures alors qu’il a fallu des semaines pour recevoir de l’oxygène donne du grain à moudre aux forces indépendantistes.

La réponse pour éteindre ce feu ne pourra qu’être politique. La police étouffera peut-être ce mouvement, mais sans politiques durables et efficaces, il reprendra inévitablement et avec plus de force et de violences. 

Éric Zemmour a récemment évoqué la situation, s’étonnant de la brutalité employée par l’état dans la gestion de ce conflit. Le licenciement du personnel médical dû au refus de la vaccination est une folie au vu de la période que nous vivons. Cette situation est en grande partie liée, d’après lui, à une incompréhension importante entre Emmanuel Macron et le peuple en général. Éric Zemmour a notamment évoqué les 800 millions d’euros que la Chine reçoit de l’état français au titre de l’aide au développement. La Chine n’ayant plus particulièrement besoin de nous pour se développer, cet argent pourrait être envoyé en outre-mer dans son investissement structurel.

Il serait bon que ceux qui prétendent nous diriger ne découvrent pas l’Amérique à chaque mouvement social. Il existe des problèmes profonds qui minent la société française, en métropole comme dans les DROM-COM, problèmes que l’État ne peut pas feindre d’ignorer. Sans réponse appropriée, les mouvements sociaux continueront de s’aggraver un peu plus à chaque fois.

La situation en Guadeloupe ne tend pas à l’apaisement. Les affrontements risquent d’empirer et la population soutient majoritairement les revendications des manifestants. Il est important que l’État apporte enfin une réponse politique aux DROM-COM et permette une vraie issue politique et non simplement répressive.

Christopher Malivert
Rédacteur