Eric Zemmour est-il le candidat du « système »? Retour sur une accusation infondée de plus en plus récurrente.

Natacha Polony a récemment décrit Éric Zemmour comme un « pur produit du système » qui serait peu au fait de la question du pouvoir d’achat des classes moyennes et des classes populaires. Thomas Portes twittait récemment : « Éric Zemmour est le serviteur ultime de la bourgeoisie. Les intérêts sont communs. Il faut le dire, les intérêts de l’extrême droite, de la bourgeoisie et des fascistes sont les mêmes, à savoir maintenir un système inégalitaire qui permet à une minorité de se gaver. » 

Qu’est-ce que le système ?

Le système se définit comme l’ensemble d’une élite dominante dans les domaines financiers, politiques, médiatiques ou culturels. Ces élites s’agrègent autour d’un corpus idéologique commun. Elles partagent un même ensemble de convictions les favorisant sur le plan matériel. 

Karl Marx expliquait que la superstructure sociale justifie et défend l’infrastructure économique, « A toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu’en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. ». 

Pour faire simple, l’idéologie dominante n’est pas l’idéologie de la majorité mais l’idéologie d’une classe dominante sur le plan financier. La classe dominante financière a les moyens d’être propriétaire de la presse ou de produire une culture (l’art conceptuel, musique, cinéma) susceptible de défendre ou d’être cohérente avec leur idéologie. On retrouve une même sensibilité sur l’Europe, l’écologie, l’immigration, le féminisme, les LGBT, l’idéologie antiraciste, entre la bourgeoisie et l’élite culturelle. Les Césars et les Oscars sont devenus des émissions de propagande au service de la bien pensance. « Pas un jour sans son film mettant à l’honneur un couple de lesbiennes et son union mixte, ou l’homme est toujours noir, sans sa série ou les deux hommes s’embrassent fougueusement, sans oublier l’inévitable transgenre dont on exalte le difficile « parcours de transition » » dénonçait Eric Zemmour dans son dernier livre, La France n’a pas dit son dernier mot

Quant aux journalistes, en 2012, d’après une consultation d’Harris interactive, 39% (contre 28,6% pour l’ensemble de la population) des journalistes consultés ont voté François Hollande, 19% pour Mélenchon (contre 11,10%), 18% pour Sarkozy (contre 27,18%), 3% pour Marine le Pen (contre 17,90%. Au deuxième tour, 74% des journalistes ont voté François Hollande contre 26% pour Nicolas Sarkozy. François Hollande avait eu un score de 51,64%. Si Eric Zemmour a une forte couverture médiatique, il ne le doit pas à la complaisance des médias mais à l’audience qu’il réalise

L’idéologie dominante portée en chœur par cette élite lui est profitable. L’immigration permet de constituer une armée de réserve du capitalisme, le démantèlement de la nation aboutit à paralyser les dispositifs nécessaires pour réguler la circulation des individus, des marchandises et des capitaux, et ceci aux dépens des classes populaires : les revendications sociétales permettent d’édulcorer, voire esquiver les revendications sociales.

Éric Zemmour : le candidat de la nation contre le système

 Éric Zemmour porte ce constat dans une interview du Parisien publiée le 24 juin 2019 : « Est-ce qu’il existe encore une bourgeoisie patriote qui met le pays au-dessus de ses intérêts? Si oui, il existe une possibilité de se rassembler avec l’électorat du RN et ce, sur les deux thèmes qui me paraissent être le dénominateur commun : l’immigration et l’islam. Si non, si la bourgeoisie patriote a été dissoute dans les métropoles et la mondialisation, nous sommes dans une situation de lutte des classes. » S’il est indéniable qu’Éric Zemmour soit un acteur médiatique de premier plan, et qu’il soit devenu une personnalité politique capable de regrouper 17% d’intentions de vote, il incarne idéologiquement l’antithèse du système. Éric Zemmour dit lui-même : « Je décide d’utiliser le système contre le système. » L’ancien chroniqueur de CNews est infiniment plus proche des revendications des classes populaires que ne le sont les Thomas Portes.

Éric Zemmour n’est ni le représentant du système, ni son « produit ». Il en est le dénonciateur. Il cherche à rallier une bourgeoisie de droite, non pas pour servir les intérêts idéologiques de cette bourgeoisie mais pour la défense des intérêts nationaux. Thomas Portes devrait se rappeler que c’est la bourgeoisie des grandes métropoles qui les ont élus lui et les autres membres de son parti, c’est eux, qui profondément méprisent les classes populaires, avec leur Tour de France « polluant » et leur sapin de Noël « arbre mort ». 

« La bourgeoisie des métropoles méprise et déteste la France périphérique. Elle l’a repoussée au loin et ne s’en soucie guère. Elle se procure en banlieue d’innombrables domestiques, venus de contrées exotiques, nounous, taxis, cuisiniers, plongeurs, livreurs de pizzas ou de sushis, et même de drogues diverses. Ceux-là au moins ne rechignent pas à les servir pour un coût modeste. Les « Français », eux, sont trop revendicatifs, fainéants, trop assistés. Ils refusent d’être des « larbins » selon l’expression populaire. » rappelle Éric Zemmour dans son livre La France n’a pas dit son dernier mot.

Les artisans, commerçants, chefs d’entreprise ainsi que les classes populaires, peuvent être réunis dans un même électorat. La réduction des charges et des impôts de production sur les entreprises, la réindustrialisation de la France, sont autant de moyens à notre portée pour réduire le chômage, augmenter la compétitivité française, mettre fin au phénomène de paupérisation des classes populaires, des couches moyennes et de la petite bourgeoisie commerçante. Mais ce n’est pas tout. Relié à cette problématique sociale, l’avenir de la sécurité des Français et de leur mode de vie s’impose désormais comme une priorité que seul un déni de principe peut encore ignorer. Faute de véritables politiques de contrôle et d’assimilation des flux d’arrivants, l’islamisation de la France se poursuivra inexorablement, en premier lieu au sein des métropoles, et finira par atteindre les petites villes de province.

A détourner le regard des questions qui dérangent, nous en sommes arrivés au constat de René Girard, un des plus grands intellectuels Français. Dans Achever Clausewitz, il prévient : « Il nous faut rentrer dans une épreuve du temps, où nous serons plus proches de Charles Martel et des Croisades que de la Révolution française et de l’industrialisation du Second Empire. »

Julien Vanhaecke
Rédacteur