L’Australie a récemment décidé d’annuler sa commande de sous-marins français au profit des Américains. La France a ainsi fait part de son indignation face à la trahison de son allié historique. Génération Z revient sur les relations tumultueuses entre la France et les États-Unis.

Des débuts idylliques

C’est devenu un mantra, les États-Unis sont les alliés de la France depuis leur création. L’aide financière du Roi Louis XVI durant la guerre d’indépendance américaine de 1775 à 1783 a semblé sceller une alliance éternelle. Il est vrai que depuis lors, nous avons souvent combattu côte à côte. Cependant, si on analyse un peu plus attentivement l’histoire des relations entre ces deux pays, ce quasi contrat de mariage a subi de nombreux coups de canif. 

On peut dire que jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les rapports entre la France et les États-Unis étaient au beau fixe. Les Américains sont alors très francophiles. La figure de La Fayette, un des huit citoyens d’honneur américains, sert à illustrer ce sentiment de gratitude de l’Amérique et la proximité idéologique entre les deux pays. 

1939-1945, le tournant

Cependant, la Seconde Guerre mondiale marque un profond tournant. La France perd son statut de puissance dominante, dont les Américains, jusqu’ici nation secondaire, vont s’emparer. Le rapport de force s’inverse et avec lui le rapport politique et civilisationnel. Les Américains ne se sentent plus redevables aux Français de les avoir libérés ; ils sont devenus, dans leur esprit, le libérateur. La France de Vichy a été reconnue par les Américains comme légitime. A travers elle et par facilité d’esprit, la France a été associée à un pays détruit, soumis et ayant abandonné ses valeurs communes avec les États-Unis. Ce régime va être combattu en Afrique du Nord et sera vu comme un allié de l’Axe à part entière. 

Le général De Gaulle, modeste inconnu au départ de cette guerre, va jouer un rôle inattendu. La France n’est plus reconnue comme un pays allié. De Gaulle avec la France libre va tout faire pour s’inviter à la table des trois grands (États-Unis, Grande Bretagne et URSS) et rendre à la France sa stature. A la fin de la guerre, les États-Unis souhaitent priver la France de sa souveraineté avec l’AMGOT (gouvernement militaire allié des territoires occupés). La France aurait alors été gouvernée par des militaires américains et britanniques, et n’aurait plus été qu’une colonie américaine en Europe. De Gaulle crée le comité français de libération nationale pour administrer la France et repousse les tentatives américaines de vassalisation. Roosevelt qui ne le porte pas dans son cœur finit par plier.

Le début d’une longue confrontation

L’après-guerre marque le début d’un affrontement politique entre les États-Unis et la France. La première crise majeure est celle de l’OTAN. La France exige un statut spécial pour que les troupes américaines soient retirées de son territoire et que notre pays retrouve sa pleine souveraineté. Les États-Unis refusent et De Gaulle décide de sortir du commandement intégré de l’OTAN. La France tient une position diplomatique et politique d’indépendance, jouant en pleine guerre froide tantôt le bloc américain, tantôt le bloc soviétique. Elle se comporte comme une puissance de premier plan, ce que les Américains ne tolèrent pas. Les actions des États-Unis consisteront à partir de ce moment à empêcher autant que possible la France de maintenir sa place dans le concert mondial

L’Union Européenne pourrait être le parfait symbole de cette guerre politique menée entre la France et les États-Unis. De Gaulle souhaite que l’Europe soit un « levier d’Archimède de la France »   pour combattre le poids américain. Une politique indépendante, une monnaie propre, tout est mis en place pour regarder les Américains face à face. Cependant les Américains ont un allié de taille, l’Allemagne. La dépendance allemande aux États-Unis et leur rivalité séculaire avec la France vont les pousser à toujours jouer du côté américain. Les deux pays sont gagnants : ils empêchent la France de retrouver son envergure et l’Allemagne retrouve sa force tout en étant une tête de pont américaine dans la région.

Le dernier acte de grandeur de la France reste son refus de rejoindre la guerre contre l’Irak. Ce dernier geste gaullien sera vite effacé. Nicolas Sarkozy s’assure en 2006 de nous faire à nouveau plier le genou. Nous renouons alors une alliance politique et militaire avec les Américains que nous suivrons désormais partout tout le temps. Cependant la vision américaine de la France n’a pas réellement été altérée et le maître ne s’interdit pas de corriger son chien. 

L’Amérique droite dans ses bottes

La guerre fait désormais rage sur le plan économique. Les américains ont pour mantra le « America first » et la France va l’apprendre à ses dépens. Adepte de la moraline, les élites françaises subissent les coups de réalpolitique sans jamais répondre. Les Américains utilisent le droit pour justifier une politique agressive. Nos dirigeants n’ayant que le terme « d’état de droit » à la bouche, ils refusent de réagir. 

 Prenons l’exemple de l’embargo américain envers l’Iran. Les Américains, grâce à leur législation, peuvent interdire à presque toute entreprise française de commercer avec les Iraniens alors que le marché est pourtant particulièrement intéressant pour nos entreprises. La vente d’Alstom est aussi une passe d’armes où la France s’est laissée faire. En 2014 la branche énergie du groupe Alstom est rachetée par General Electric. Si on peut dans un premier temps penser à une simple opération économique, la réalité est tout autre. Un ancien dirigeant d’Alstom, Frédéric Pierucci, a été incarcéré deux ans aux États-Unis pour des motifs de corruption. Il a d’ailleurs écrit un livre, Le piège américain à ce sujet. En réalité, les Américains ont exercé une pression par le droit pour réaliser cette transaction. La dernière affaire ayant fait particulièrement jaser est l’annulation par l’Australie d’une commande de sous-marin au profit des Américains. 

Nous faisons donc mine de découvrir l’Amérique. Le président Trump n’est même plus là pour servir de bouc émissaire à la doxa. Nos élites bercées dans la culture américaine depuis des décennies ne semblent même pas pouvoir imaginer que son modèle pourrait nous combattre. Pourtant l’histoire montre bien que l’allié d’hier n’est plus forcément celui d’aujourd’hui et encore moins de demain. Il serait grand temps de retrouver une certaine idée de la France et de mener une politique d’indépendance. Nous ne sommes pas un vassal, nous ne devons plus faire allégeance mais concurrence. 

Christopher Malivert
Rédacteur