A l’heure où les jeunes de Debout la France le quittent, Nicolas Dupont-Aignan semble toujours décidé à présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Crédité de seulement 2 à 3% des intentions de votes, il peut toutefois jouer un rôle primordial dans le processus d’union des droites qu’il défend depuis plusieurs années. 

Lorsque le 28 avril 2017, Nicolas Dupont-Aignan prend le risque de soutenir officiellement Marine Le Pen lors de l’entre-deux-tours, il sait que les conséquences risquent d’être terribles. La classe politique entière, ou presque, n’a eu de cesse de le caricaturer et de le frapper d’anathème. Même au sein de son parti, certains ont alors du mal à comprendre un tel positionnement. Des manifestations sont organisées devant sa mairie à Yerres. Quelques semaines plus tard, il parvient à être réélu de justesse à l’Assemblée Nationale, réalisant alors un de ses plus bas scores depuis son entrée au Palais Bourbon en 1997. 

Valérie Pécresse ou Gérard Larcher ont perçu ce ralliement comme une trahison. Pourtant, cet ancien proche de Charles Pasqua et de Philippe Seguin, contrairement à la présidente du Conseil régional d’Ile-de-France et du président du Sénat, est resté cohérent avec la ligne du RPR des années 80/90. En se ralliant à la patronne du FN d’alors, Nicolas Dupont-Aignan pense initier un début d’union des droites. Au cours des européennes de 2019, il envoie à d’autres formations, le programme commun des Amoureux de la France, toujours dans le même esprit d’union. Enfin, en 2020, le député de l’Essonne plaide pour l’organisation d’une grande primaire à droite en vue de l’élection présidentielle, invitant notamment Eric Zemmour et Marine Le Pen à y participer. Malgré tous ses efforts, l’objectif n’est pas atteint et la droite reste éternellement divisée.

« Peut-on croire au destin français ? »

Cette question, Nicolas Dupont-Aignan se l’est posée à de nombreuses reprises. C’est pourquoi, il organise en ce mois de février 2019, une conférence autour de cette question. Et qui mieux qu’Eric Zemmour, publiant Destin Français quelques mois auparavant, pour l’accompagner ? Durant deux heures, de nombreux thèmes sont abordés. Les deux hommes se rejoignent sur les dangers de l’immigration incontrôlée, sur la trahison des élites françaises depuis deux siècles, sur la repentance éternelle, sur la propagande des manuels scolaires, sur la judiciarisation de la politique et le fameux « coup d’Etat des juges », sur l’alliance à privilégier avec la Russie, sur la perte de souveraineté due aux prérogatives de plus en plus importantes de Bruxelles, sur le remplacement de population etc. Cette liste n’est pas exhaustive et représente uniquement certains sujets analysés ce soir-là. 

Le même désir : unir les droites

Évidemment, des désaccords peuvent exister, mais peuvent-ils empêcher un ralliement ? En dix ans, Nicolas Dupont-Aignan n’a jamais réussi à faire ce qu’Eric Zemmour a réalisé en à peine dix semaines : franchir la barre des 10% d’intentions de votes. Si le patron de DLF a su en 2017 prendre tous les risques en s’alliant avec Marine Le Pen, pourquoi ne le ferait-il pas avec un homme qui est encore plus proche de lui ? D’autant qu’ils se connaissent depuis vingt-cinq ans. Tous deux, ont commencé leur carrière à l’époque du RPR ; tous deux, se rappellent des états généraux de la droite en 1990 ; tous deux ont vécu de l’intérieur, l’un comme élu, l’autre comme journaliste politique, la déliquescence du RPR ; tous deux, ont dénoncé les différents revirements idéologiques de la droite française, l’un en quittant sa formation politique pour le RPF de Pasqua en 1999, l’autre en commençant à porter une parole médiatique dissidente à droite au tournant des années 2000 ; tous deux plaident depuis des années pour l’union des droites. Mais qui dit union dit un seul candidat.

Quelques centaines de milliers de voix décisives

Un soutien de Nicolas Dupont-Aignan accentuerait encore plus la dynamique de campagne d’Eric Zemmour. Celui-ci pourrait ainsi facilement dépasser les 13% d’intentions de vote. Il semble qu’Eric Zemmour devient jour après jour le centre de gravité de la droite, capable d’attirer autant les électeurs du RN, que les électeurs LR. Or, ce fragile mais indispensable rassemblement, Nicolas Dupont-Aignan l’appelle de ses vœux et semble malheureusement être dans l’incapacité de le réaliser seul. 

Ce dernier est désormais face à ses responsabilités. Il sait que Marine Le Pen ne gagnera jamais et qu’Emmanuel Macron rêve de se retrouver de nouveau face à elle afin d’être reconduit aisément pour un second mandat. Il le dit publiquement depuis de nombreux mois – encore une conviction qui le rapproche d’Eric Zemmour. La droite doit prendre garde à ce que le premier tour de l’élection ne soit pas un « 21 avril à l’envers » : bien que majoritaire dans le pays, elle pourrait être incapable de remporter l’élection présidentielle à cause d’un trop-plein de candidats.

Tout porte à croire que les deux qualifiés pour le second tour peuvent obtenir des résultats très bas au premier, probablement bien en-dessous des 20%, comme en 2002. Quelques centaines de milliers de voix peuvent alors tout changer. Quelques centaines de milliers de voix que Nicolas Dupont-Aignan rassemble et qui seront décisives en avril prochain. 

Vincent Petagna
Rédacteur