A la veille de la présidentielle française, la candidature d’Eric Zemmour est un sujet fortement discuté dans les médias. De ces débats ressort avec redondance une comparaison : Et si Eric Zemmour était le Donald Trump français ?

Des similitudes pas si évidentes 

Homme solitaire, accablé par les médias, connu pour ses sorties médiatiques et ses opinions bien tranchées, Eric Zemmour a sur le papier une forte ressemblance avec cet autre personnage outre-Atlantique sulfureux. Néanmoins, si l’on replace chaque homme dans son contexte politique, on se rend compte qu’ils représentent chacun l’apogée du rêve national de leur pays. Trump représente ce rêve américain de l’homme d’affaires, de la volonté de réussir peu importe le prix à payer. Eric Zemmour, lui, représente un rêve davantage français : c’est celui de l’homme de lettres; de l’écrivain qui, après avoir passé sa vie à s’instruire et penser, songe à entrer véritablement dans l’action politique. 

Également, les personnalités de ces deux personnages médiatiques sont drastiquement opposées. Donald Trump se donne en spectacle, se joue des codes politiques traditionnels et n’hésite pas à choquer pour enflammer les foules lors de ses immenses meetings. Eric Zemmour lui est en réserve, n’apparaît sur les différents plateaux télévisés que pour faire la promotion de ses livres ou débattre et s’emploie à tenir un discours idéologique structuré et pensé. L’écrivain du Suicide Français est en réalité bien loin de l’ancien président des États-Unis. Mais alors, pourquoi les parallèles avec Trump continuent de se porter sur des figures médiatiques françaises et surtout, cela veut dire quoi “faire du Trump” ?

Un changement fondamental dans l’approche politique

Nous entendons régulièrement parler de la “trumpisation” du débat politique. Ce néologisme hâtif est néanmoins fort de sens dans le climat actuel. Nous observons depuis quelques années un changement drastique dans le comportement des personnalités politiques françaises. Entre course à la popularité sur les réseaux sociaux et la nécessité du clash et de la petite phrase pour exister, le théâtre politique français sombre dans la société du spectacle. Ce changement est en réalité réfléchi et voulu afin de séduire une audience plus populaire et surtout plus jeune. La manne électorale que représente la jeunesse est décisive et nous savons que les jeunes ne votent que trop peu. Cependant, cette nouvelle génération ne se sent ni représentée ni concernée par la politique et il faut alors utiliser les leviers nécessaires afin de pouvoir capter leur attention. C’est en observant l’engouement des masses populaires et des jeunes pour Donald Trump que les hommes politiques français ont compris l’importance de jouer au clown politique. Dans la société actuelle, celle des GAFA, la vraie richesse est l’attention. Le candidat qui arrivera à mobiliser au mieux l’attention des médias et des masses sur lui, peu importe la manière, sera propulsé au second tour. Tel fut le cas pour Emmanuel Macron, dont le portrait étaient sur toutes les unes et son nom dans la bouche de tous les journalistes, ainsi que pour Donald Trump.

Contexte politique bien différent

La France est actuellement touchée par une crise civilisationnelle dont la population est éreintée et dont la souveraineté économique est mise à mal par une vague libérale. Le besoin politique éprouvé n’est donc pas celui qui mena Donald Trump à la Maison Blanche. Sa politique, nouvelle, mélangea libéralisme et protectionnisme en y ajoutant une bataille idéologique contre la bien pensance médiatique et universitaire. Si la bataille des idées est belle et bien arrivée en France par l’américanisation de notre société, ce n’est en revanche pas le cas du besoin libéral qui est réprouvé par une bonne frange de la population. Notre combat politique se livre davantage sur les questions de souveraineté et d’immigration qui seront au cœur du débat de la prochaine présidentielle.

Julien Dupuy
Rédacteur