Génération Z revient sur la situation sanitaire aux Antilles françaises et sur les rapports difficiles entre ces départements et la métropole.

Ces dernières semaines, les Antilles françaises ont été au cœur d’une crise sanitaire similaire à celle qui a touché la métropole. La Guadeloupe et la Martinique ont dû se confiner et les services de réanimation sont débordés. Les médias se sont donc empressés, par un mélange de facilité et de mépris, d’accuser le faible taux de vaccination de ces îles. Cependant la situation dans ces régions est bien plus complexe que cela et cache en réalité une défiance exacerbée contre l’État et la métropole. 

Un traitement médiatique caricatural et scandaleux

Les médias ne cessent de le répéter : la situation sanitaire en Guadeloupe et Martinique est catastrophique. La tension hospitalière dépasse largement les 100% et met donc tous les services hospitaliers en très grande difficulté. Ces deux départements sont les seuls en France à atteindre de tels taux ; ils sont également les départements ayant le plus faible taux de vaccination du pays.

Le traitement médiatique de la situation peut tout de même sembler parfois étonnant. Les intervenants s’empressent de faire le lien entre le faible taux de vaccination et la situation sanitaire. Les justifications apportées peuvent malgré tout paraître parfois très surprenantes. Sur LCI par exemple, dans le journal de 20h du samedi 31 juillet dernier, le docteur Hervé Boissin expliquait la situation des Antilles était dû à la culture vaudou avant de conclure par « Le rhum ne guérit pas tout ». Sur BFMTV, Danielle Laport, enseignante chercheuse associée à l’université de Paris Est Créteil invoquait pour sa part « un taux d’illettrisme important, un taux de pauvreté qui est important ».  Ces analyses sont particulièrement légères et auraient même pu être jugées racistes si elles avaient été prononcées par des personnalités marquées plus à droite. Les plateaux parisiens ont rapidement révélé par leur dédain une méconnaissance de l’histoire et de la situation politique des Antilles françaises. 

Une vaccination sur fond de tensions politiques avec la métropole

La vaccination subit en réalité une situation bien plus complexe et endémique à ces deux régions. La Guadeloupe et la Martinique ont eu ces dernières années des rapports de plus en plus compliqués avec l’État et la métropole. 

Sur le plan politique, « mai 67 » reste encore dans les esprits des Guadeloupéens. Pendant 3 jours, du 26 au 28 mai 1967, des émeutes sur fond de mouvement social pour une augmentation des salaires et d’insultes racistes éclatent. Les affrontements dégénèrent et la police va réprimer avec force le mouvement. Le bilan officiel est de 8 morts mais une nouvelle enquête en 1985 en annonce 87. Une partie des archives classifiées ont disparu, ce qui ajoute à la confusion et à la méfiance de part et d’autre.  

D’anciens scandales sanitaires qui ne facilitent pas la vaccination

Sur le plan sanitaire, l’affaire du chlordécone, pesticide très toxique utilisé dans les bananeraies de 1972 à 1993, est revenue sur le devant de la scène ces dernières années. Le produit était interdit dans l’hexagone mais autorisé aux Antilles françaises. On sait aujourd’hui qu’il a eu un impact sur la santé des Antillais, ce que l’État a longtemps nié. La situation est encore beaucoup discutée et l’État semble faire quelques concessions mais elles ne satisfont pas les Antillais qui se sentent méprisés. Une autre affaire dure depuis des années et énerve particulièrement la population guadeloupéenne : l’accès à l’eau potable. De nombreux foyers sont ou privés d’eau ou cette dernière est impropre à la consommation. Les installations sont vétustes sans que l’État n’y fasse quoi que ce soit.

La vaccination est donc victime des relations de plus en plus tendues entre l’État et l’hexagone. Les principaux problèmes étant d’ordre sanitaire, ils ne facilitent pas la communication lors d’une crise de ce type. Le problème de confiance vis-à-vis du vaccin est surtout un problème de confiance vis-à-vis de l’État. Il est donc naïf d’imaginer améliorer la situation en stigmatisant la population antillaise et guadeloupéenne depuis la métropole. Cela ne fait qu’aggraver la situation et donner au vaccin une connotation qui n’est plus médicale mais politique. L’UGTG (Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe) par exemple, important syndicat guadeloupéen, s’oppose à la vaccination obligatoire et mène en Guadeloupe un combat relativement proche de celui que mène Florian Philippot à Paris. Si le gouvernement espère améliorer la situation vaccinale dans les Antilles françaises, il devrait donc réévaluer sa stratégie. La stigmatisation des non-vaccinés peut peut-être permettre une accélération de la vaccination dans l’hexagone, mais ralentira grandement celle des outre-mers

Christopher Malivert
Rédacteur