Un temps considéré comme l’étoile montante de la politique française, le Rassemblement national (ex-FN) de Marine Le Pen est indéniablement entré dans une phase de déclin depuis sa défaite du second tour de l’élection présidentielle de 2017. Alors que les idées nationalistes n’ont jamais été autant plébiscitées, une remise en cause des acquis du marinisme est cruciale à l’approche de l’élection présidentielle de 2022.

2017-2022 : un déclin électoral en chiffres

L’argument principal des soutiens de Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle de 2022 est de faire valoir son hégémonie incontestable sur la droite nationale et l’électorat populiste en général. Dans ce sens, des sondages donnant la présidente du RN largement en tête du premier tour et au coude-à-coude contre Macron au second sont régulièrement mis en avant par ses soutiens pour discréditer toute candidature alternative [1].

Ne reposant que sur des spéculations, cet argument d’autorité est surtout contredit par les performances électorales du RN depuis 2017, toutes en-deçà des résultats annoncées dans les sondages et des scrutins des années précédentes.

Si la liste menée par Jordan Bardella aux élections européennes de 2019 est arrivée en tête, elle a néanmoins perdu 1,5 points (23,34%) par rapport au scrutin de 2014 (24,86%) malgré un contexte favorable : débâcle de la liste de droite LR, stagnation de la liste DLF de Nicolas Dupont-Aignan, émergence du mouvement des gilets jaunes, participation record…

Les élections municipales de 2020 furent un désaveu cinglant pour Marine Le Pen : alors qu’elle affichait des ambitions de conquête [2], elles se sont soldées par une hémorragie d’élus du RN, passant de 1438 dans 463 communes en 2014 à 840 dans 258 communes à 2020 [3]. Le seul gain significatif fut réalisé par Louis Alliot, élu maire de Perpignan en s’étant largement affranchi de l’étiquette RN [4].

De tous les récents échecs électoraux du RN, celui des élections régionales et départementales fut sans doute le plus sévère. Abondant dans le sens des sondages, Marine Le Pen et les cadres du parti se sont targués de pouvoir gagner plusieurs régions, la Provence-Alpes-Côte d’Azur en tête. Le résultat fut sans appel : en plus de n’en gagner aucune, le RN a décliné partout jusqu’à perdre 16 points au premier tout dans les Hauts-de-France comparé à l’élection de 2015. Au niveau national, le parti a perdu un tiers de ses élus régionaux et départementaux au terme de ces élections.

Les causes du déclin : entre non-remise en question et amateurisme

Lorsqu’on tente de cerner les causes des échecs électoraux du parti mariniste depuis 2017, la plus évidente est sans doute la non-remise en question de ses dirigeants en particulier lors des élections régionales : après avoir sermonné leurs électeurs abstentionnistes dans l’entre-deux tours, la tête de liste dans les Hauts-de-France allant jusqu’à leur lancer « bougez-vous ! » [4], il a été annoncé par Philippe Olivier, proche conseiller de Marine Le Pen, qu’aucun changement de ligne politique n’aurait lieu d’ici 2022 [5]. N’apportant de surcroît aucune réponse au déclin continu du parti, cet immobilisme semble surtout être à rebours d’un contexte politique qui n’a cessé de se tendre au profit de l’espace politique national-populiste que le RN occupe. À cet égard, la popularité du mouvement des gilets jaunes dont plus de 40% déclaraient avoir voté Le Pen en 2017 d’après une étude [6] semble lui avoir échappé.

L’amateurisme doublé d’un mépris de cadres méritants ont également joué un rôle dans la série de revers électoraux subis depuis 2017. Tandis que des proches de Marine Le Pen ayant rejoint le RN tardivement comme Julien Odoul et Sébastien Chenu ont rapidement été promus à des hautes fonctions, un militant historique comme Stéphane Ravier reste tenu à l’écart du bureau exécutif malgré sa popularité [7]. Cette gestion mariniste a contribué à fragiliser davantage la crédibilité du parti en externe autant que sa cohésion en interne. La campagne d’Odoul pour les élections régionales en Bourgogne-Franche-Comté fut ainsi marqué par de multiples défections et de fortes dissensions avec les élus RN sortants [8], aboutissant à un échec électoral : -8,3 points au premier tour comparé à 2015 ; 18,42 points d’écart avec le vainqueur du second tour contre seulement 2,24 points en 2015…

Tourner la page du marinisme : la solution Zemmour

En partant du constat que le RN a été surestimé dans tous les sondages et qu’il est sur une pente électorale descendante depuis 2017, rien ne laisse croire que Marine Le Pen restera favorite pour l’élection présidentielle de 2022. Face à son refus d’infléchir sa stratégie actuelle, toutes les conditions sont réunies pour que ce déclin se poursuive mais surtout pour permettre l’émergence d’un candidat dissident au sein de la droite nationale.

Eric Zemmour est certainement le mieux placé pour incarner cette candidature. En premier lieu, il jouit d’une notoriété importante auprès des sympathisants du RN [9] et entretient des relations étroites avec certains cadres du parti dont Louis Alliot et Stéphane Ravier [10]. Aussi, sa ligne politique intransigeante sur l’identité nationale et le patriotisme économique est capable de re-mobiliser ces sympathisants enclins à l’abstention face à l’impasse du marinisme. Loin de se limiter aux déçus du RN, une candidature Zemmour pourrait s’inscrire dans un rassemblement plus large des nationaux « hors les murs » dicté par un esprit de conquête plutôt que de rente électorale.

Oscar P
Rédacteur

[1] Tweet de Jordan Bardella (2020). [2] Article de RTL : ‘Marine Le Pen affiche ses ambitions pour les élections municipales de 2022’. [3] Infographie de FranceInfo. [4] Article de La Voix du Nord (2021) : ‘Régionales: « bougez-vous! » Lance Sébastien Chenu à l’électorat RN’. [5] Article de L’Express (2021) : ‘« On ne changera pas notre ligne » : après la déception des régionales, le RN vise déjà 2022’. [6] Article de Slate (2018) : ‘Ce que révèlent les sondages sur l’identité des « gilets jaunes »’. [7] Article de Libération (2021) : ‘Dans les instances du RN dédiabolisé, les radicaux se ramassent à la pelle’. [8] Article de Marianne (2021) : ‘Régionales : la campagne de Julien Odoul sabordée par ses amis du RN’. [9] Article de L’Incorrect (2021) : ‘Présidentielle : Eric Zemmour bondit à 19% de potentiel électoral !’. [10] Article de MarsActu (2019), ‘Stéphane Ravier (RN) s’offre Eric Zemmour pour draguer la droite’