Emmanuel Macron a souhaité profiter de la rentrée scolaire pour montrer une photo de Mcfly et Carlito au cours de son allocution, conformément à son engagement formulé il y a quelques mois. Le chef de l’État les avait en effet accueillis à l’Élysée dans le cadre d’un concours d’anecdotes. L’hommage, assez bref, rendu un instant plus tard à Samuel Paty est apparu inapproprié.

« En même temps« . Depuis la campagne présidentielle de 2017 et durant les quatre premières années de son quinquennat, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de faire de cette expression pourtant anodine un véritable tic de langage. Même lorsqu’il ne l’utilise pas verbalement, la volonté reste présente : mêler, lier, relativiser deux phénomènes qui sont souvent sans rapport ou, pire, antagonistes. Fidèle à ses habitudes, il a jugé opportun d’aborder, dans la même minute, le pari assez risible organisé avec les deux youtubeurs en mai dernier, tout en rappelant qu’il n’oubliait pas en cette rentrée 2021, Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, égorgé l’an passé par un islamiste tchétchène.

Une polémique instantanée

De nombreux responsables politiques se sont insurgés face à une telle maladresse. Marine Le Pen a comparé les deux youtubeurs à « deux guignols« , les mots lui manquant « pour qualifier ce niveau d’indécence et d’irrespect« . Le député LR Eric Ciotti, candidat à la primaire de la droite, s’est également insurgé concluant que le « en même temps est un naufrage« . Thierry Mariani a estimé qu’on attendait « autre chose d’un chef d’État« . Bien d’autres réactions plus critiques les unes que les autres se sont accumulées dans les heures qui ont suivi la publication de cette vidéo.

« Il ne sait pas que l’Histoire est tragique »

Eric Zemmour a souvent comparé le président de la République à deux personnages historiques : Louis-Philippe et Valéry Giscard d’Estaing. Ce dernier avait d’ailleurs reçu de vives critiques de la part du philosophe Raymond Aron qui lui reprochait de ne pas se souvenir que l’Histoire fût tragique. Emmanuel Macron semble malheureusement marcher dans les pas de son lointain prédécesseur. Ne pas séparer distinctement un acte comique et un acte tragique d’un tel degré dénote toute la difficulté qu’a le chef de l’État pour appréhender les grands problèmes auxquels la France est confrontée. Il refuse, comme beaucoup d’autres acteurs politiques ou médiatiques, de voir en cet acte immonde, une preuve inéluctable que le territoire national est de plus en plus le théâtre d’un conflit de civilisations. Il est peu probable que le Général de Gaulle ait eu l’outrecuidance de relier, au cours d’une même prise de parole, sa rencontre avec Brigitte Bardot en 1967 avec l’emprisonnement et la torture qu’a subi Régis Debray au cours de la même année par la junte militaire bolivienne. François Mitterrand lui-même n’aurait jamais commis une telle indélicatesse.

Une vidéo symbolisant l’incompréhension d’Emmanuel Macron face aux nouveaux enjeux

Rappelons que ce pari avec McFly et Carlito avait déjà créé la polémique à lui-seul. Le simple fait de voir deux jeunes hommes, sortis de nulle part, être si familiers avec le Président et se permettre, pour l’un d’entre eux, de faire une roulade dans les jardins de l’Élysée, avait déconcerté jusque dans les rangs de la majorité. Cette vidéo n’aura, certes, aucune conséquence directe sur l’avenir du pays et il est fort probable que d’ici quelques semaines, la plupart des observateurs l’aient oubliée. Elle est cependant extrêmement symbolique et montre toute la naïveté des élites actuelles, dont Emmanuel Macron est la quintessence. Elles ne semblent pas comprendre que nous sommes rentrés dans une période où le tragique et les grands bouleversements historiques, religieux et surtout démographiques réapparaissent. Comment le chef des Armées, le garant de nos institutions, peut-il lutter convenablement contre ce qu’il appelle lui-même « l’hydre islamiste » en abaissant la fonction présidentielle de la sorte ? Plus globalement cela nous ramène à une question à laquelle personne ne peut prétendre pouvoir répondre totalement. Que pense vraiment Emmanuel Macron ? A-t-il compris les grands enjeux et les ignore-t-il afin de conserver son socle électoral et ses soutiens influents ? Ou bien, n’a-t-il vraiment aucune réelle conviction, allant et venant au gré des événements politiques successifs en adaptant sans cesse son discours à celui qui l’écoute ? Ou alors, est-il finalement en train d’apprendre la pratique du pouvoir en tâtonnant ? Cette dernière hypothèse donnerait encore plus de sens aux propos récents d’Éric Zemmour lorsque celui-ci a déclaré avoir « l’impression qu’Emmanuel Macron faisait son stage de l’ENA à l’Élysée ».

Vincent P
Rédacteur