Les interventions diverses s’étaient enchaînées, de Marine le Pen à la macronie. Hier le verdict est tombé : le temps de parole de Éric Zemmour doit être comptabilisé.

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) avait annoncé il y a quelques mois déjà avoir lancé une enquête pour examiner le cas de ce journaliste trouble-fête. Le but était de déterminer, à l’aide d’une expertise juridique, si Éric Zemmour était passé dans le « champ des personnalités politiques », sa situation sortant des cadres habituels (ni parlementaire, ni candidat et pas dans un parti politique). Le verdict de cette enquête est tombé, le même jour que l’ouverture du procès du bataclan : le temps de parole de Zemmour devra être décompté.

Le CSA a estimé que selon « les dispositions de la loi du 30 septembre 1986 sur la prise en compte des interventions des personnalités politiques. Au regard des récents développements, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a considéré que M. Zemmour pouvait être regardé dorénavant, tant par ses prises de position et ses actions, que par les commentaires auxquels elles donnent lieu, comme un acteur du débat politique national ».

A quelques semaines des élections régionales, le président du CSA, Monsieur Maistre, avait été pourtant annoncé : « Rien dans la loi ne nous amène aujourd’hui et ne nous amènera à comptabiliser le temps de parole des éditorialistes. Techniquement, c’est très complexe à mettre en œuvre au regard de la liberté d’expression et de la liberté éditoriale des chaînes. » 

 Aujourd’hui, l’ambiance est toute autre ; peut-être d’ailleurs que la montée en puissance de Zemmour dans les sondages n’y est pas pour rien. Après avoir été censuré d’Instagram (puis dé-censuré pour on ne sait combien de temps), c’est maintenant au tour du CSA d’agir. Éric Zemmour déclarait voici quelques mois : « certains doivent se dire qu’il est urgent de me faire taire » ; cette nouvelle attaque à la liberté d’expression de notre journaliste ne fait que le prouver davantage.

La justice reporte aussi le procès de Zemmour sur les mineurs isolés, faisant face à une grande affluence de parti civil (38 pour être exact). Cela reportera donc très malencontreusement la date de ce procès lors de la campagne présidentielle…

La liberté de la presse plus garantie en France qu’en Russie ? 

Cette offensive s’inscrit dans la suite de plusieurs attaques à l’encontre d’Éric Zemmour. Ce n’est pas la première fois que sa liberté d’expression fait l’objet de pressions politiques et juridiques. L’incitation à la haine raciale, les procès permanents, de nombreuses relances auprès du CSA (récemment de la part d’EELV), l’accusation de décadentisme, de conservatisme et autres outrages aux bonnes mœurs ont déjà été invoqués. Un bien nommé « amendement anti-Zemmour » avait même été proposé par le député M’jid El Guerreb du groupe Agir Ensemble, proche de LREM. Cet amendement retoqué visait à afficher les condamnations par la justice des intervenants. Les plaintes incessantes de diverses associations peuvent aussi faire montre d’une certaine pression exercée à l’encontre de l’auteur du Suicide Français.

Une mascarade démocratique

Mais voilà, c’est au nom de l’égalité de traitement entre les candidats que l’on parle de censurer Zemmour. Il s’agit de ne pas trop influencer le citoyen dans un sens ou dans un autre, ce qui serait déloyal dans une optique démocratique, devant comprendre le libre choix de chacun. Mais alors ce principe peut-il se limiter au temps de parole des candidats eux-mêmes ? Ce qui amène à voter pour tel ou tel candidat n’est pas seulement l’écoute du candidat lui-même : ce sont également les informations sur ce candidat, la façon dont sont présentées ces informations, celles dont nous allons avoir connaissance ou pas qui sont déterminantes. Or on ne peut pas dire qu’il existe véritablement une pluralité dans le traitement de l’information. La démocratie est en réalité totalement bafouée.

Que dire de la neutralité de l’entre-deux tours en 2017 ? Marine le Pen a eu le même temps de parole qu’Emmanuel Macron, mais les médias avaient passé des semaines à charger un candidat plutôt que l’autre. La chaîne Arte avait passé des reportages sur le Front National, suivis de reportages sur le IIIème Reich et les autres médias n’étaient pas en reste… La tape dans la main de Ruth El Krief (qui avait d’ailleurs animé le débat du premier tour) à Macron lors de sa victoire illustre bien cette alliance politico-médiatique. Certes, Éric Zemmour peut parler une heure chaque soir, mais ses adversaires politiques peuvent influencer les citoyens en faveurs de leurs opinions vingt-quatre heures sur vingt-quatre via tout un arsenal de propagande.

Le fait que l’éducation nationale soit dans la promotion perpétuelle de mouvements politiques ne semble pas inquiéter un quelconque organe de régulation démocratique. Tous les moyens de communications sont littéralement au service d’un certain progressisme. Certains remarqueront que les journaux proposés sur le Pass Culture sont unanimement à gauche, l’Obs en tête. Ne peut-on pas se poser la question d’un certain électoralisme envers les jeunes de la part du président quand on voit ses efforts auprès des youtubeurs ainsi que des subventions grassement accordées ? L’argent public est clairement utilisé à des fins électoralistes, sans compter que le président aussi est en campagne et que son temps évidemment n’est pas décompté. Cela pose un problème, dans la mesure ou Emmanuel Macron sera aussi sûrement candidat.

Adèle C
Rédactrice