L’association GENEPI (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) a annoncé le lundi 2 août 2021, sa dissolution dans un communiqué. 

Revenons quelques années en arrière, à l’été 1974. Au cœur des prisons françaises surpeuplées éclatent des émeutes : mutineries, prises d’otage, grève des gardiens… Autant de manifestations colériques qui sont le reflet de l’institution carcérale des années post 68. Tandis que la France prône dans ses rues « l’interdiction d’interdire », dans ses prisons, les conditions, elles, restent figées. Si la révolution aux idéologies libertaires vient se heurter aux murs épais des prisons, elle contribue nonobstant à en grossir les effectifs.  Pas moins de onze établissements pénitentiaires voient le jour entre 1962 et 1973, parmi lesquels Fleury-Mérogis, considérée comme la plus grande prison d’Europe.

Coup médiatique ou prise réelle de conscience, Valéry Giscard d’Estaing fait ce qu’aucun Président de la République française n’avait fait jusqu’alors : aller à la rencontre des détenus. En visite à la prison Saint Paul à Lyon en août 1974, il serra la main d’un détenu en prononçant cette phrase : « la prison, c’est la privation d’aller et de venir et rien d’autre. »

L’heure de la réforme semblait avoir sonné.

 

1975 : l’amorce d’une dynamique nouvelle  

Le Président de la République instaure un secrétariat d’État à la condition pénitentiaire avec à sa tête Hélène Dorlhac de Borne. Une succession de textes législatifs et réglementaires sont également édictés entre l’été 1974 et l’été 1975. Cette réforme menée par le garde des Sceaux de l’époque Jean Lecanuet s’articule principalement autour de trois axes :

  • L’amélioration et la libéralisation des conditions de détention 
  • L’assouplissement des mesures d’aménagement d’exécution de la peine ; notamment en développant la libération conditionnelle et le sursis avec mise à l’épreuve.
  • La classification des établissements pour peine en trois catégories : les centres de détention à régime libéral, les maisons centrales conservant le régime antérieur et les quartiers ou établissements de sécurité renforcée (ou QHS).

Lionel Stoléru, conseiller économique de Valéry Giscard d’Estaing, agrandit l’éventail des réformes en créant en 1976 une association de loi 1901. Son objectif est de tisser des liens entre des étudiants de l’enseignement supérieur et le monde pénitentiaire afin de favoriser la réinsertion des détenus. Celle-ci se voulait au départ, sans affiliation politique ou religieuse.

C’est la naissance de l’association GENEPI (Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) qui accompagnera et soutiendra les détenus pendant plus de 40 ans.

Genepi : « Variété d’armoise amère et aromatique, aux vertus sudorifiques et stomachiques, qui pousse en haute montagne ». C’est la métaphore que veut à l’époque faire passer Lionel Stoléru ; à l’image de cette plante montagnarde difficile à récolter, les étudiants se rendront là où personne n’a jamais envisagé de se rendre : en prison, à la rencontre des détenus.  

Les activités du GENEPI reposaient sur deux piliers fondamentaux : l’intervention en milieu carcéral afin de proposer des ateliers socio-culturels et de préparer les détenus à leur réinsertion et la sensibilisation du public, à l’occasion de campagnes ou de colloques.

Mais depuis quelques années, beaucoup s’accordent à dire que le Genepi n’est plus que l’ombre de lui-même. En 2018, la direction de l’administration pénitentiaire lui annonce le non renouvellement de la convention et de la subvention qui les liaient. Plusieurs raisons sont alors invoquées : la baisse du nombre d’heures de leurs interventions dans les prisons mais surtout, la ligne politique qu’était en train de prendre l’association. Une ligne devenue de plus en plus radicale mais qui “s’est construite à l’encontre des conditions de détention des prisonniers que les génépistes observent jour après jour pendant leur action» se défend Sophie Chardon vice-présidente du Genepi, interviewée en 2018.

Très loin de l’idée généreuse de Lionel Stoléru, leurs membres se revendiquent avant toutes choses comme étant féministes et anticarcérales.  Cette dérive entrave les relations entre deux générations de militants. Et les tensions sont vives.

Pour une association dite apartisane, sa ligne idéologique s’insère peu à peu dans le carcan politique du wokisme – mouvement venu des Etats-Unis – s’immisçant depuis les années 2010 dans notre société. Il se traduit ici par le refus de l’injustice et de l’inégalité dans les prisons mais surtout par la chasse au patriarcat, au capitalisme et au racisme qu’il juge omniprésents dans notre société.

« S’en remettre à la police, la justice et la prison, c’est s’en remettre à l’État, qui agit pour ses propres intérêts. Jamais pour les nôtres. Accepter la prison, c’est accepter de maintenir l’État capitaliste, raciste et patriarcal. » pouvons- nous lire sur le site officiel du Genepi. 

Le bras de fer quitte peu à peu son gant de velours. 

En juin 2021, l’association promeut sur les réseaux sociaux une journée autour d’ateliers à Montreuil en « mixité choisie sans homme cis ». Nous sommes à quelques semaines de sa dissolution et l’association semble arriver au bout de ce qu’elle veut démontrer : l’incarnation du mal par l’homme hétérosexuel. Nous avons l’explication du mot féministe derrière lequel les militantes se définissent, mais qu’en est-il de l’anti-carcération ?

Se poser la question est d’autant plus justifié lorsque lorsque nous savons que 95% des détenus peuplant nos prisons sont de sexe masculin. Ainsi, comment pourrait-on envisager que le Genepi continuer d’aller à la rencontre de ces hommes lorsqu’il est prêt à envoyer ceux de l’extérieur à la vindicte populaire ? Quant à l’idée même de les libérer…

Le 3 août 2021, un communiqué annonce la dissolution de l’association Genepi.  

«[…] Notre perspective de lutte ne peut être que révolutionnaire, son but est l’abolition de la taule et de toutes les formes d’enfermement. En faisant le choix de dissoudre le Genepi, il s’agit pour nous de refuser de faire des compromis sur nos convictions et de pouvoir penser par la suite d’autres moyens de luttes réellement féministes et anticarcéraux.

Solidarité avec tout-es les prisonnier-es et crame la taule !»

 

À la suite de ces termes polémiques, d’anciens membres ont réagi sur les réseaux sociaux exprimant leur incompréhension et dénonçant la bêtise qui avait gagné la nouvelle génération de militants.  « C’est une tristesse infinie. Ce qui arrive aujourd’hui relève de la destruction pure et simple, menée de l’intérieur, par une poignée de militants qui ne partagent pas les fondamentaux posés par mon père Lionel Stoléru, en 1976.» écrira Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement et fille de Lionel Stoléru.

La culture woke semble faire table rase de tout ce qui l’a précédée en s’infiltrant jusque dans les associations bienfaitrices vieilles de plusieurs décennies. Rien de bien étonnant lorsque l’on sait que les entreprises sont elles aussi gangrenées par ce mouvement. Laissons de côté les GAFAM pour nous concentrer sur les entreprises du CAC 40 qui subissent elles aussi une pression grandissante. Les salariés sont formatés dès leur arrivée avec des formations sur le privilège blanc ou encore sur la propagande LGBT, antiraciste, anticolonialiste etc.

Parmi les personnalités qui la dénoncent, Eric Zemmour s’est exprimé plusieurs fois sur le sujet voyant à cela deux solutions : l’intervention du pouvoir politique afin qu’il récuse cette idéologie qui se voudrait l’idéologie absolue et le boycott des entreprises instaurant ces dogmes.
« Nous sommes plus nombreux qu’eux » rappelle-t-il. Une affirmation qui vient une nouvelle fois étayer le principe d’Engels, cher à notre éditorialiste : “à partir d’un certain nombre, la quantité devient une qualité”.

Voici comment les dérives idéologiques d’une gauche fanatique ont laissé mourir une association initialement composée d’étudiants aux intentions nobles. Rappelons qu’encore en 2019, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour les conditions inhumaines et dégradantes de ses établissements pénitentiaires et le non-respect du droit à un recours effectif pour faire cesser ces atteintes. Si les conditions carcérales restent alarmantes et les tensions entre leurs pensionnaires vives, ces derniers ne pourront désormais plus compter sur l’accompagnement du Genepi.

Car à trop vouloir « la révolution sinon rien », en général, nous n’avons rien.

Florie A
Rédactrice