Marseille est la deuxième plus importante ville de France après Paris. Malheureusement la ville peine à se moderniser et ces dernières années elle connaît une flambée des violences et des trafics en tout genre. Dans ce contexte, Emmanuel Macron a annoncé une visite à Marseille et la création d’un plan pour « répondre aux problèmes de la ville ». 

Marseille est la plus vieille ville de France. Fondée vers 600 av. J.-C. par des marins grecs, elle est d’abord nommée Massalia. Bénéficiant d’une ouverture sur la Méditerranée, elle a pu rapidement se développer économiquement et démographiquement. C’est aujourd’hui la deuxième commune de France derrière Paris et la troisième unité urbaine derrière Paris et Lyon. Économiquement, Marseille est le plus grand port français, le deuxième méditerranéen et le cinquième européen. Cette ouverture maritime et commerciale sur la méditerranée fait aujourd’hui de Marseille une ville cosmopolite et une porte vers l’Orient pour la France.

Une ville qui peine à se moderniser

La ville connaît de graves difficultés d’insalubrité. En 2015, le rapport Nicol dénombre 40 000 taudis et estime que 100 000 personnes vivraient dans un logement insalubre sur les 860 000 habitants de la ville. En novembre 2018, l’effondrement de deux immeubles vétustes rue d’Aubagne devient le symbole du délabrement de Marseille. 

Les infrastructures ne sont pas en meilleur état. Sur les 500 écoles que compte la ville, presque 300 seraient dans un « état indigne ». « Ou il pleut, ou il y a des rats » assure Benoît Payan, recteur de l’académie de Aix-Marseille. Les déplacements en ville sont également compliqués. En 2013 une étude du fabricant de GPS Tom-Tom annonçait que Marseille était la ville la plus embouteillée de France devant Paris, un automobiliste de la ville perdait aux heures de pointe 46 minutes sur un trajet d’une heure. Les transports en commun ne sont pas plus simples. L’Union des transports publics de France annonce que la deuxième ville de France ne compte que 1129 km de ligne de bus, métro et tramway contre 3886 km pour Lyon alors que cette dernière est plus petite. 

Un hub de la drogue

La French Connection des années 1930 à 1970 avait déjà montré le rôle prépondérant de Marseille dans le trafic de drogue. Grâce à son port et à son ouverture sur la Méditerranée, la ville est une zone stratégique pour faire transiter toutes sortes de drogues et autres produits de contrebande. A Marseille, les quartiers Nord avaient pendant longtemps eu le monopole du trafic de drogues. Mais depuis quelques années, le centre de la ville et même les quartiers plus bourgeois du sud sont envahis. On recenserait plus de 150 points de deal dans la ville. On estime que le trafic rapporterait entre dix et quinze millions d’euros par mois. Le marché est donc particulièrement porteur. 

Augmentation de la violence

Depuis ce début d’année, Marseille ne semble plus arriver à faire parler d’elle pour autre chose que la flambée des violences. Les Bouches-du-Rhône sont le 5ème département en termes d’escroqueries, le premier pour les vols à main armée et les cambriolages. Toutes catégories confondues, la violence a augmenté de 16% sur les 6 premiers mois de cette année.  Les différents trafics de drogues ont gagné en puissance et certains quartiers passent même sous le contrôle des caïds. Depuis le début de l’année, ils installent à l’entrée des quartiers des barrages pour filtrer les entrées. Ces bandes qui tentent de prendre le contrôle de quartiers complets se livrent à des règlements de compte. On dénombre quinze morts de règlements de compte depuis le début de l’année. Les victimes comme les auteurs n’ont souvent même pas vingt ans ce qui assombrit encore la situation.

Une réponse de l’état ?

L’état tente d’apporter une réponse à la situation. Après Dupont-Moretti, c’est maintenant Emmanuel Macron lui-même qui se déplace pour trois jours à Marseille. Le ministre de la justice promet d’ajouter de nouveaux magistrats dans la ville pour juger plus vite les affaires. Mesure forte charitable mais il serait peut-être plus pertinent de couper le mal à la racine en s’attaquant aux origines de la délinquance que d’ajouter des magistrats pour traiter les conséquences de l’insécurité. 

Gérald Darmanin veut aussi montrer les muscles avant la visite du président. De braves journalistes de Quotidien ont montré dans un reportage des jeunes dealers ayant installé un point de contrôle à la cité des Flamants. Les points de contrôle ne sont pas nouveaux mais entre un reportage de Quotidien et la venue du président, il a semblé important au ministre d’annoncer une vaste opération anti-drogue dans ce quartier avec un bilan de 4 interpellations. 

Le président quant à lui annonce un plan de rénovation des écoles, des transports et du logement. Il remet en place la fameuse « politique de la ville » comme l’a fait Borloo à son époque. Cette politique a déjà montré son inefficacité ; notre président ne semble pas s’en soucier. Il préfère arroser la ville d’argent public plutôt que de traiter les problématiques de fond. Sans politique visant à mettre fin aux violences et trafics, la situation n’est pas prête de se régler. Avec ce genre de non mesure, il est certain que les mêmes manèges politiques se répéteront. D’ici quelques années, le prochain président se fendra d’une visite à Marseille, nous annonçant de nouveaux investissements pour embellir les cités tenues par les dealeurs. 

Comme dirait le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Christopher Malivert
Rédacteur