Ce 1er juillet, Stanislas Rigault, porte-parole de Génération Z, participait à l’émission Morandini Live présentée par Jean-Marc Morandini sur CNews. Sans surprise, il a dû faire face à l’hostilité de la quasi-totalité des intervenants se trouvant sur le plateau. Aurélien Taché, député dissident En Marche, a sans doute été l’un de ses plus féroces contradicteurs. Regrettant l’engagement de notre camarade, il a fortement insisté sur son inquiétude de voir que « les valeurs de la République » étaient de plus en plus menacées. Éric Zemmour serait selon lui l’incarnation d’une France réactionnaire, raciste, rance (sic) et xénophobe, soit tout le contraire de ce qu’incarnerait la République. À l’entendre, s’engager aux côtés Éric Zemmour serait l’équivalent d’une forme de séparatisme.

L’argumentaire d’Aurélien Taché n’a rien de nouveau. Depuis quarante ans, la bien-pensance se plaît à invoquer les « valeurs de la République » pour calomnier ses adversaires. Quiconque est accusé d’aller à l’encontre de ces « valeurs » est immédiatement ostracisé et étiqueté comme partisan de l’extrême-droite. Ce type de procédé est issu des tactiques communistes qui consistaient à qualifier leurs opposants de fascistes pour les délégitimer. Dans tous les cas, le principe est le même : utiliser un sujet consensuel – la lutte contre le fascisme, pour l’humanisme, ou l’universalisme – et en faire une arme politique pour entraver son contradicteur. Sur la défensive, il sera alors réduit à une forme de passivité dont profitera son adversaire pour dominer le débat.

Au-delà de sa fonction rhétorique, que cache donc l’expression « les valeurs de la République » ? A-t-elle seulement un fondement historique ou politique ?

L’expression « les valeurs de la République » renvoie aux principes portés par la République française. Mais de quelle République parle-t-on ? Depuis la Révolution, la France a connu cinq régimes républicains, qui malgré certains points communs, différaient grandement sur le plan philosophique, institutionnel et politique. La première République a été fondée dans le sang. Elle a commencé par les guerres déclarées par la Convention Nationale contre les monarchies d’Europe et par la Terreur proclamée par les Jacobins en 1793. D’indicibles carnages en ont découlé, tant sur les champs de bataille qu’à l’intérieur même des villes et villages de France. La Ière République a su traverser ces périls intérieurs et extérieurs, mais elle n’a pu survivre à la corruption et aux intrigues qui la gangrénaient[1].

La IIe République n’a duré que quatre ans. Elle a pourtant été le symbole d’avancées sociales et d’un éveil des libertés. Durant les premiers mois de son existence, d’importantes mesures ont été prises en faveur des ouvriers afin de faciliter leurs conditions de travail. L’esclavage a définitivement été aboli dans nos colonies et le suffrage universel masculin a été instauré pour la première fois. Toutefois, la IIe République n’a pas réussi à s’implanter durablement dans les esprits. Elle n’est pas parvenue à calmer l’instabilité politique et a succombé, comme la Ière République, à la puissance des Bonaparte.

La IIIe République est née dans les cendres du Second Empire. Lors de la catastrophe de Sedan et de la défaite cinglante de la guerre franco-prussienne, les républicains ont eu suffisamment d’habileté pour faire triompher leurs idées. La survie de ce nouveau régime n’était pourtant pas assurée. Les assemblées élues au début de la IIIe République étaient toutes à majorité royalistes. La République n’a pu s’imposer que parce qu’elle a démontré qu’elle pouvait garantir la stabilité politique, là où la royauté avait manqué de fermeté[2]. La répression sanglante de la Commune lui a permis de prouver la force de ses institutions. Les carnages méthodiques perpétrés par les forces versaillaises ont rassuré la paysannerie française, qui ne supportait plus les révolutions parisiennes, synonymes à ses yeux de désordre et de troubles.

La IIIe République a également été marquée par la colonisation, promue par les plus grandes figures politiques du camp républicain. Jules Ferry, le promoteur de la loi de 1881 sur l’école laïque et gratuite, Jean Jaurès, illustre député socialiste et grand pacifiste, Léon Blum, chef de la coalition du Front Populaire en 1936, et même Victor Hugo, humaniste s’il en est, ont tous défendu, pour des raisons diverses, la colonisation française. La droite pensait qu’un empire colonial remplacerait l’empire napoléonien, et permettrait à la France de conserver son statut de grande puissance. La gauche quant à elle parlait de « la mission civilisatrice de la France » qui devait « éduquer les races inférieures ».

La Ve République a émergé suite à la faiblesse des institutions de la IVe République et à son incapacité à faire face aux enjeux de la décolonisation. Elle était à l’origine une monarchie républicaine, soucieuse de l’avis de son peuple, et soucieuse de défendre l’identité et l’indépendance nationale. Aujourd’hui, la Ve République que nous connaissons n’a plus rien en commun avec ce qu’elle était à ses origines. Nos élus et nos institutions promeuvent la diversité et le multiculturalisme. Ils brocardent notre passé et plus encore notre passé colonial. Ils nous dépouillent de l’intégralité de nos instruments de souveraineté au nom d’un idéal mondialiste.

De ce rapide rappel historique, nous pouvons conclure que la République a beaucoup évolué au fil du temps. Elle a été censitaire, universelle, guerrière, pacifique, sanglante voire cruelle, puissante et faible. L’expression « les valeurs de la République » n’a donc qu’une signification toute relative. Peuvent être qualifiés de républicains les humanistes comme les nationalistes, les universalistes comme les coloniaux, les pacifistes comme les bellicistes.

En réalité, ce que la bien-pensance appelle « les valeurs de la République » sont les valeurs d’une vision post-moderne de l’Homme et de nos sociétés occidentales. Il n’est aucunement question de tolérance ou de respect de l’autre, et certainement pas d’universalisme. Ces valeurs défendent l’indifférenciation des peuples et des individus, la négation de leur histoire et leur disparition en tant qu’entités civilisationnelles et politiques. Sous couvert « d’ouverture », les « valeurs de la République » sont l’arme de communication d’une idéologie mortifère et nihiliste.

L’étude des régimes républicains de la France nous offre un enseignement supplémentaire. Malgré leurs différences, les cinq Républiques que nous avons connues avaient un socle commun : l’amour de la patrie, de son histoire, de sa grandeur, le désir de faire émerger un sentiment de fraternité entre ses citoyens, la rage de se battre pour son indépendance et sa liberté.

Qui défend aujourd’hui ces valeurs ? L’islamo-gauchisme, qui voit partout l’héritage « d’un passé de blancs dominants et colonisateurs » ? La bien-pensance, qui conteste aux Français le droit d’être fiers de leur pays et de préserver leur civilisation ? La droite des intérêts, qui a renié ses beaux discours pour des questions économiques ? Non.

Nous, le camp national, sommes les vrais défenseurs de l’héritage républicain.

Rafaël P
Rédacteur

[1] Le Directoire a succédé à la Terreur en 1795. Il était composé de cinq directeurs qui détournaient des sommes colossales des caisses de l’Etat, tout comme les autres membres du gouvernement de l’époque. Napoléon a mis fin à ce gouvernement par son célèbre coup d’Etat du 18 brumaire (1799), qui a donné naissance au Consulat.[2] Louis-Philippe, en exil, a eu cette phrase amère : « Elle [la République] a de la chance… Elle peut tirer sur le peuple. »