Ce jeudi 24 juin 2021, des milliers d’étudiants ont lancé le #EtudiantsSansMaster dans les Top Tendances de Twitter.

Le hashtag #EtudiantsSansMaster en top tendance sur Twitter aujourd’hui montre au grand jour le ras-le-bol et l’abattement de milliers d’étudiants actuellement en attente d’un Master en France. Depuis 2017, la loi autorise désormais les établissements à sélectionner les étudiants dès l’entrée en Master 1, et ce fameux passage au bac+ 4 est depuis lors devenu un véritable goulot d’étranglement. Et pour cause, en 2019-2020 on dénombrait un million d’étudiants en Licence, contre seulement 580 000 en Master. Cependant, selon l’essayiste Éric Zemmour, les raisons de cette déchéance de l’université française sont à puiser dans l’histoire de ces cinquante dernières années, marquées par un refus constant de toute sélection à l’entrée de l’université et par une baisse de niveau sans précédent.

« Presque 3000 candidatures pour le Master 1 Pénal de Nantes pour 35 places. » déplore Clarisse sur Twitter, et comme elle, ils sont des milliers aujourd’hui sur les réseaux sociaux à ne plus voir le bout du tunnel. Des étudiants avec d’excellentes moyennes en Licence disent être dans l’impossibilité de continuer leurs études et nourrissent une profonde inquiétude pour leur avenir. L’incompréhension est donc omniprésente chez ces jeunes gens déjà épuisés par un an de cours en ligne et de confinements, et qui avait porté dans l’université tous les espoirs qui sont permis à cet âge. Au vu du carnage universitaire actuel, il semble clair que nous avons atteint un point de rupture dans cette lente chute entamée en mai 1968.

C’est en effet au cours de ce printemps funeste que l’université française a commencé son suicide. Dès cette époque, comme le rappelle Éric Zemmour, De Gaulle avait bien compris que la massification de l’enseignement secondaire entraînerait une baisse du niveau scolaire qui rejaillirait directement sur l’université, non protégée par une sélection salutaire. Mais les révolutionnaires à petits pieds de 68, Cohn-Bendit en tête, entendaient bannir toute sélection à l’université, et cette idéologie délétère a porté ses fruits empoisonnés jusqu’à aujourd’hui, il est d’ailleurs utile de rappeler que le fameux Danny le Rouge figure parmi les fervents soutiens d’Emmanuel Macron. 

Pourtant, pratiquement 20 ans plus tard, en 1986, le projet de loi Devaquet promettait de réformer les universités françaises et en particulier de sélectionner les étudiants à l’entrée des universités, puis de mettre celles-ci en concurrence. Cependant cette réforme a provoqué le courroux des étudiants et de leurs syndicats, qui se sont massés dans les rues pour une nouvelle fois dire non à des mesures qui pourtant semblaient pleines de bon sens. Les manifestations étudiantes ont atteint leur point culminant à la mort de Malik Oussekine, dont l’ombre plane désormais à chaque fois que les étudiants se mobilisent. Ce jeune étudiant de 22 ans avait en effet péri au cours des contestations étudiantes qui avaient éclaté un peu partout en France. Et, deux jours après cet événement tragique, le projet de loi fut retiré, Devaquet expliquant qu’aucune réforme ne méritait la mort d’un homme. Depuis lors, l’affaire Malik Oussekine hante chaque Président et chaque ministre de l’Intérieur dès que la moindre pancarte de grève étudiante est brandie. Comme l’explique Éric Zemmour dans le Suicide Français, depuis ces événements « la droite n’osa plus toucher à l’université ; lorsque, en 2007, Nicolas Sarkozy remit l’ouvrage sur le métier, il retira du projet Pécresse toute allusion à la sélection dès que trois ombres d’étudiants menacèrent de descendre dans la rue. ».

Il est évident que parmi les causes qui minent l’université en France, jusqu’à provoquer le désespoir de tous ces étudiants aujourd’hui, la non-sélection à l’université corrélée à la chute du niveau des élèves au bac constitue le point central du problème. Aujourd’hui il faut avoir tué père et mère pour ne pas avoir son bac, et les élèves sont ensuite précipités, tels des vaches à l’abattoir, dans des universités qui n’ont ni le budget ni les structures nécessaires pour les accueillir et leur prodiguer un savoir de qualité. Et enfin, quand la France regarde de l’autre côté de l’Atlantique, elle prend le pire pour s’inspirer des théories indigénistes des campus américains, et délaisse le meilleur concernant le système élitiste américain qui fait la puissance de leurs universités. Quel dommage…

Louis de Mirabeau
Rédacteur